Boursier.com : La hausse des taux américains de 0,25 pt était bien anticipée par les marchés financiers. On sent malgré tout une inquiétude sur le fait de savoir jusqu'où nous mènera ce processus de raidissement monétaire que vient de réamorcer la Fed...
J-L.M. : Effectivement. Les marchés se posent des questions. Nous pensons pour notre part que nous sommes entrés dans un processus de réajustement des taux US qui étaient anormalement bas pour prévenir tout risque de déflation aux Etats-Unis. Nous allons donc retrouver une situation plus normale de la politique monétaire américaine qui devrait nous ramener vers le niveau des 2,5% d'ici un an sur les fed funds.
Boursier.com : Peut-on encore avoir des doutes sur la qualité de la reprise économique américaine ?
J-L. M. : Les derniers indices sont plutôt rassurants en la matière, même s'ils ne sont pas linéaires. Les chiffres de production et de consommation sont encourageants. On a vu aussi les effets sur l'emploi monter en puissance. Globalement, les doutes sur la qualité de la reprise se sont estompés.
Boursier.com : Sans surprise, la BCE n'a pas modifié ses taux directeurs hier. Quelle vision avez-vous de la politique monétaire européenne ?
J-L.M. : Elle est neutre pour le moment. Nous ne voyons pas les taux d'intérêt remonter avant février/mars de l'année prochaine en Europe. Il faut que la reprise économique ait le temps de se consolider car le rebond reste modéré pour le moment.
Boursier.com : On a l'impression que la reprise n'ira pas très loin de ce côté-ci de l'Atlantique...
J-L.M. : Les derniers chiffres d'activité en Europe ont quand même agréablement surpris les marchés au premier trimestre, en particulier en France. C'est vrai que l'indice du climat des affaires IFO allemand est apparu décevant dernièrement et que le chemin de la reprise reste encore fragile globalement en Europe.
Boursier.com : On assiste en France à une reprise sans emploi. Est-ce inquiétant ?
J-L.M. : Il faut voir que les entreprises ont eu plusieurs chocs à amortir successivement. L'éclatement de la bulle financière avec parfois des dettes importantes à purger, la hausse de l'Euro contre le dollar, l'envolée des cours du pétrole... Cela fait beaucoup et les entreprises ont dû consentir de gros efforts pour s'adapter, assainir leur situation financière, redresser leur productivité... Il n'est pas surprenant qu'à ce stade précoce de la reprise de l'activité l'emploi ne reparte pas instantanément.
Boursier.com : Cela signifie qu'il faut encore être patient avant d'assister à un effet sur le marché de l'emploi ?
J-L.M. : Les entreprises vont retrouver progressivement les moyens de réinvestir. Les bilans sont assainis, la productivité est meilleure et les coûts ont été abaissés. On dispose donc d'une base plus saine pour assister à une phase de reprise plus créatrice d'emplois.
Boursier.com : Les marchés semblent moins redouter les risques géopolitiques désormais...
J-L.M. : Le fait que les cours du pétrole se soient un peu détendus a contribué à calmer le jeu, le risque sur le marché du pétrole commençant à être mieux 'pricé'. Cela a aussi permis aux indices boursiers de remonter dernièrement. Il faut cependant rester vigilant.
Boursier.com : L'observation est similaire sur les devises, on a l'impression qu'un point d'équilibre a été trouvé et que cela arrange un peu tout le monde.
J-L.M. : Là encore, ce sont surtout les fluctuations brutales qui sont mauvaises et rendent toutes anticipations délicates pour les entreprises. A partir du moment où les parités monétaires se stabilisent et que la volatilité diminue, les entreprises n'ont pas besoin d'aller plus loin en terme de réduction de coûts de production.
Propos recueillis par ©2004, 2013 www.boursier.com




