Boursier.com : La banque UBS va faire l'objet d'une plainte au Luxembourg de la part des clients du cabinet de conseil Deminor. Que reprochez-vous à UBS dans cette affaire ?
F.R. : Nous lui reprochons de ne pas avoir bien rempli son devoir de vérification et de contrôle en tant que dépositaire et gérant du fonds LuxAlpha au Luxembourg ! UBS devait contrôler les investissements de Madoff. Le travail de base n'a manifestement pas été fait puisque les actifs du fonds se sont évaporés ! Les commissaires aux comptes non plus n'ont pas fait leur travail, c'est une évidence...
Boursier.com : Vous allez aussi déposer une plainte similaire en Irlande contre HSBC...
F.R. : HSBC, via Thema Fund International, est également à l'origine d'un fonds dit "Madoff". Nous comptons bien, ici aussi, réagir le plus énergiquement possible et défendre les investisseurs floués.
Boursier.com : Comment expliquez-vous que le pot aux roses n'ait pas été découvert plus tôt ?
F.R : La subtilité de cette escroquerie réside sans doute dans le fait que les produits Madoff n'étaient pas présentés comme des produits spéculatifs qui proposaient des rendements de 100% par an ! Au contraire ! Les rendements étaient mesurés mais réguliers... LuxAlpha disposait de plus d'un label européen qui le rendait commercialisable auprès de tous types d'investisseurs. Par ailleurs, le parcours personnel de Bernard Madoff qui a dirigé le Nasdaq dans les années 90 a aussi pu créer la confusion dans les esprits... Les épargnants cherchaient avant tout de la sécurité et de la régularité ! Ce que Madoff leur apportait... en apparence !
Boursier.com : Les pouvoirs publics français ont pourtant semblé considérer dans un premier temps que cette affaire était un problème de spéculateurs fortunés...
F.R. : C'est ce que certains ont voulu faire croire effectivement ! Mais l'affaire Madoff n'est pas un problème de "riches" et certainement pas un problème de spéculateurs. Comme je viens de vous l'expliquer, la régularité des rendements attirait les personnes recherchant une certaine sécurité et une régularité de leurs placements sur le moyen-long terme... Par ailleurs, il y a beaucoup de gestionnaires qui se sont fait prendre à titre personnel... Certains petits épargnants sont également touchés dans le cadre de leur assurance vie.
Boursier.com : Comptez-vous convaincre ces gestionnaires de monter au créneau ?
F.R. : Clairement. On va pousser ces gérants à se retourner contre HSBC et UBS. Nous comptons plus globalement faire du lobbying auprès des autorités européennes. Il faut exercer une pression maximale pour que les banquiers paient pour leur négligence. Le risque en termes d'image est d'ailleurs colossal pour ces établissements...
Boursier.com : Les autorités européennes, justement, semblent plutôt rester en retrait dans cette affaire ?
F.R. : Le dossier est sensible je le comprends... Mais les places financières irlandaise et luxembourgeoise qui sont indirectement impliquées dans ce scandale nous semblent prendre le problème avec encore trop peu de consistance. Leur communiqué visant à se défausser paraît un peu facile... Il est impératif qu'il y ait un même niveau de sécurité quelque soit le pays où l'on investit. Dans ce cadre, Bruxelles doit bouger ! C'est la crédibilité de ces places financières qui est en jeu.
Propos recueillis par Didier Hameau - ©2009, 2012 www.boursier.com

