(Boursier.com) -- Avec un temps de décalage sur Standard & Poor's et Fitch, Moody's a sorti son carton jaune voire rouge cette nuit pour sanctionner les politiques budgétaires de certaines nations européennes.... Les notes de l'Italie, de Malte, du Portugal, de la Slovaquie et de la Slovénie ont été dégradées d'un cran alors que celle de l'Espagne l'a été de deux crans. Parallèlement le bureau d'études a passé la perspective des "Aaa" de trois pays de "stable" à "négative".
Si l'Autriche et la France sont concernées, sans réelle surprise, la présence du Royaume-Uni pour compléter le trio est plus étonnante et sème un certain trouble sur les marchés ce matin. Moody's utilise une échelle de notation un peu différente de celle de ses deux homologues, mais la note la plus élevée reste le "triple A", même si elle l'écrit "Aaa" alors que S&P et Fitch utilisent "AAA".
Jusqu'à présent, Londres et son programme de rigueur étaient passées entre les gouttes. Malgré les difficultés de l'économie de Sa Majesté, il était admis sur les marchés que son "triple A" était moins risqué que ceux de la plupart des pays d'Europe continentale. Il faut aussi bien dire que l'abaissement de la perspective d'un pays anglo-saxon prestigieux fait plus d'effet aux investisseurs, en Asie et aux Etats-Unis notamment, que celui de la France.
Pour justifier sa décision, Moody's explique avoir mené à bien son étude approfondie démarrée en novembre dernier. Les ajustements réalisés sur ces pays du vieux continent "reflètent leur corrélation aux risques macroéconomiques et financiers croissants dus à la crise de la zone euro et la façon dont ces risques frappent les pays concernés", précise l'agence, qui a donc abaissé les notes de six pays, car leur accès au marché du crédit est gêné par la situation de crise actuelle.
Par ailleurs, les perspectives négatives adoptées sur les notations autrichienne, britannique et française "reflètent l'existence d'un certain nombre de pression spécifiques sur le financement qui risquent d'accroître la sensibilité des budgets de ces pays et l'évolution de leurs programmes d'austérité en cours à d'éventuelles détériorations supplémentaires des conditions économies européennes".
Moody's ne cède cependant pas au catastrophisme en rappelant qu'un facteur important limite l'ampleur des ajustements dévoilés cette nuit : la volonté des autorités européennes de préserver l'union monétaire et leurs engagements de réformes. Autre note d'espoir, l'agence mentionne les notations d'autres pays comme étant "correctement établies" actuellement, notamment les "Aaa" du Danemark, de la Finlande, de l'Allemagne, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Suède, mais aussi le "Aa3" belge, le "A1" estonien et le "Ba1" irlandais.
Concernant plus précisément le cas français, trois raisons principales expliquent la décision de l'agence de notation. D'abord, le flou régnant autour des réformes structurelles dans la zone euro, et la faiblesse économique actuelle de la région. Ensuite, la détérioration des ratios de solvabilité du pays. Enfin, le risque important pesant sur le respect des objectifs fiscaux, compliqués par la nécessité de soutenir éventuellement d'autres économies de la région voire les banques du pays. Malgré tout, le "Aaa" français demeure appuyé sur une "économie de grande taille, une forte productivité et une large diversification", note Moody's, ainsi que par un niveau élevé d'épargne dans le secteur privé. Ces éléments "fournissent une capacité importante d'absorption des chocs, comme l'a démontré la résistance de la demande domestique durant la crise de 2008/2009". "La capacité du gouvernement français à financer le niveau très élevé de la dette à des taux d'intérêts modérés dans un environnement financier et économique incertain sera crucial pour conserver le Aaa", poursuit le bureau d'études.
Qu'est-ce qui pourrait pousser Moody's à abaisser la notation hexagonale ? Un échec dans les mesures d'austérité annoncées, la nécessité de voler au secours du secteur bancaire ou un besoin encore plus élevé d'aide aux pays européens en difficultés sont les trois facteurs avancés par l'agence. A l'inverse, "un retour à une perspective stable requerrait des gros progrès dans l'amélioration des métriques crédits et un apaisement de la crise de la zone euro", conclut Moody's, qui a également abaissé mécaniquement la perspective des notes de la Société de Financement de l'Economie Française (SFEF) et de la Société de Prise de Participation de l'Etat (SPPE).
Dans la nuit, le Ministre français de l'Economie François Baroin a pris acte de la décision de Moody's en mettant en avant les points positifs cités dans le communiqué de l'agence. Il a rappelé "les avancées institutionnelles puissantes qu'a connues la zone euro depuis quelques mois, avec le renforcement simultané de la discipline, de la solidarité, de la gouvernance et de la croissance en zone euro" et souligné les efforts déployés dans les pays les plus fragiles de la région pour restaurer leur solvabilité.
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