A. Montebourg aux frontières de l'interventionnisme et du réalisme chez PSA

(Boursier.com) -- Lors du Grand Rendez-Vous Europe 1 - Le Parisien -Aujourd'hui en France, Arnaud Montebourg a précisé les intentions du Gouvernement quant à la réunion tripartite, annoncée pour le 25 octobre, entre la Direction de Peugeot, l'Etat et les représentants des salariés. "Notre stratégie est une stratégie de discussion, car Peugeot est un symbole national. C'est une entreprise qui emploie une centaine de milliers de salariés, qui a beaucoup de sous-traitants. C'est quand même un fleuron de l'industrie française. Notre problématique est de relancer Peugeot, et de la voir repartir à la conquête des marchés" a indiqué le Ministre du Redressement productif.

Mot à dire
Par la voix d'Arnaud Montebourg, le gouvernement se refuse à admettre le plan social tel qu'annoncé par la direction de PSA. S'il n'exclut pas une probable "casse sociale" dont il n'hésite pas à reporter la responsabilité sur le précédent gouvernement, l'Etat entend bien avoir son mot à dire dans l'application du plan... La frontière est ténue entre droit de regard industriel et ingérence dans la stratégie économique d'une entreprise. Ce pas semble pourtant devoir être franchi par un Etat, pompier de la grogne sociale. En parfait soldat du feu social, Arnaud Montebourg monte au créneau avec pour intention de reprendre point par point le projet de restructuration concocté par Philippe Varin et le Directoire de PSA.

"Nous n'acceptons pas le plan social en l'état"
Le Ministre du Redressement productif estime que "le plan social doit être discuté" même s'il concède : "Les difficultés existent. Elles sont réelles. Il est nécessaire de prendre des mesures de redressement" et d'ajouter : "Il pourrait y avoir des dégâts. Je ne l'ai jamais caché aux salariés. Pour Aulnay, ce sera difficile... Mais, il n'y a pas qu'Aulnay, il y a Rennes et encore 3.000 emplois de menacés dans tous les sites du groupe (...) Nous avons besoin de voir quelle est la stratégie de rebond de Peugeot-Citroën".
La réunion du 25 octobre ne devrait probablement pas remettre en cause le principe d'une fermeture du site d'Aulnay... Elle devrait surtout être l'occasion d'une discussion sur la pertinence du maintien des salariés des autres sites du groupe et surtout, une tentative de renégociation de l'ampleur des licenciements.

Plan à discuter
Si le Ministre du Redressement Productif accepte le principe d'une restructuration de Peugeot, il réfute le plan social dans sa mouture actuelle : "Nous n'acceptons pas le plan social en l'état. Nous considérons qu'il faut des mesures de redressement, mais les mesures actuellement proposées ne nous paraissent pas être de nature à relancer Peugeot" a indiqué Arnaud Montebourg avant de conclure : "Le plan de restructuration de Peugeot est à discuter, à reformater et à diminuer".

Salariés sécurisés
Alors que faut-il attendre de la réunion tripartite du 25 octobre ? Manifestement, le gouvernement s'apprête à une remise en cause de la stratégie du Directoire de PSA afin de négocier au plus serré la discussion sociale des conditions de reddition des salariés... "L'Etat va d'abord s'interroger sur la pertinence de l'alliance avec General Motors. C'est un problème industriel stratégique. Il va également s'interroger sur la disparition de plusieurs lignes de fabrication. Est-ce que c'est opportun ou pas : Rennes pour la moitié et Aulnay en totalité. Il va s'interroger sur la nécessité de réindustrialiser ou pas les sites qui seront abandonnés, de manière à ce que les salariés puissent être sécurisés, et considérer que leur contrat de travail ne sera pas interrompu. Ça ne s'est jamais fait en France !" a indiqué le Ministre.

Héritage du gouvernement précédent ?
Ce matin, Arnaud Montebourg n'a pas omis d'égratigner le gouvernement précédent en lui renvoyant la responsabilité de l'ampleur du plan. "Ce plan était au programme en 2011, et a été enseveli par le pouvoir précédent". Le Ministre considère que si ce plan avait été lancé plus tôt, ses effets "auraient été moindres, car les difficultés auraient, peut-être, été plus tempérées". Le Ministre endosse alors sa cape de chevalier blanc : "Il y a eu des dissimulations de la part du pouvoir précédent. Il y en a eu aussi de la part de la direction de Peugeot. Maintenant, nous faisons face à des difficultés sérieuses. NOUS devons relancer Peugeot !".

Fin de partie pour le modèle libéral financier !
Arnaud Montebourg a ensuite justifié l'intervention de l'Etat dans la gestion d'une entreprise privée en sifflant, au nom des principes politiques du Gouvernement, la fin de partie du modèle libéral financier. "On ne peut plus faire tout et n'importe quoi, et y compris commettre des erreurs. Le Gouvernement s'intéresse à l'économie et il n'est pas gestionnaire de plans sociaux. Il ne gère pas les dégâts humains de décisions prises dans des conditions parfois contestables. Il est porteur d'une vision économique de protection" s'est insurgé Arnaud Montebourg.

"La fin du laisser-faire
Au nom d'un travail de réindustrialisation de la France, le Ministre a sifflé "la fin du laisser-faire". "Notre stratégie est une stratégie de coopération, où on travaille ensemble les stratégies industrielles. La fin du laisser-faire, c'est la fin de ce modèle libéral financier. Libéral où l'on peut tout, et même n'importe quoi ! Financier : c'est d'abord l'argent et la rémunération, parfois excessive, de la finance et du capital. Cette période est finie !" a-t-il conclu...

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