(Boursier.com) -- -60% pour la Société Générale, -46% pour Crédit Agricole et -41% pour BNP Paribas... Depuis le 1er janvier, la chute a été rude en Bourse pour les actions des principales banques françaises, avec une brutale accélération cet été... Au point qu'après les dernières secousses de marché, des voix s'élèvent, comme en 2008 après la faillite de Lehman Brothers, pour nationaliser le secteur bancaire français.
Depuis août en effet, et l'élargissement de la crise de la dette européenne à l'Italie, le spectre d'un effondrement systémique du secteur financier est revenu hanter les salles de marchés. Les banques françaises se sont alors retrouvées en première ligne, car elles sont les plus exposées d'Europe aux dettes des autres pays de la zone (Grèce, Portugal, Italie, Espagne ...). En cas de défaillance en série des Etats endettés, les banques auraient à encaisser de lourdes pertes sur leurs portefeuilles d'obligations, faisant fondre leurs fonds propres, dégradant leurs ratios de solvabilité, et entraînant une défiance généralisée. Celle-ci pourrait déboucher rapidement sur une paralysie du crédit semblable à celle qui a failli emporter le secteur en 2008...
Ce matin, l'agence de notation financière Moody's a entériné la montée de ces risques en abaissant d'un cran les notes de Société Générale et Crédit Agricole. En revanche, la note de BNP Paribas a été maintenue, mais reste sous surveillance négative, ce qui augure d'un futur abaissement...
Pour calmer les marchés, nombreux sont ceux qui préconisent depuis quelques jours de nationaliser temporairement les banques françaises, comme l'avaient fait de nombreux pays, même les plus libéraux (Grande-Bretagne, Etats-Unis, Irlande...) après la crise de 2008. Hier, Howard Davies, l'ex-gouverneur adjoint de la Banque d'Angleterre, a ainsi jeté un pavé dans la mare en estimant que "dans les deux ou trois prochains jours, le gouvernement français devra recapitaliser ses banques !"...
De son côté, François Hollande, candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle, a préconisé dans le 'Journal du Dimanche' une prise de participation minoritaire de l'Etat au capital des banques en cas de défaillance de la Grèce, plutôt qu'un nouveau recours à des avances remboursables de l'Etat aux banques comme en 2008. Ségolène Royal a été encore plus loin mardi en réclamant la mise sous tutelle des banques françaises et leur "soumission au pouvoir politique".
A l'inverse, Laurence Parisot, la patronne du Medef, a rejeté toute idée de nationalisation, estimant que les banques françaises "sont en bonne santé et que rien ne justifie le besoin de recapitalisation d'urgence". Du côté du gouvernement comme de l'Elysée, on refuse aussi d'envisager l'hypothèse de la nationalisation, et l'on continue de tabler sur une mise en oeuvre du plan de soutien à la Grèce. Difficile dans ces conditions de vérifier les rumeurs de marché qui ont circulé en début de semaine, évoquant un plan de nationalisation en préparation à Bercy à la demande de l'Elysée...
Aux cours de Bourse actuels, il faudrait débloquer environ 30 Milliards d'Euros pour contrôler plus de 50% des actions de ces trois banques. Voire nettement moins, si leur nationalisation se déroulait dans le sillage d'une nouvelle panique boursière consécutive à un éventuel défaut incontrôlé de la Grèce... Toutefois, de nombreux observateurs soulignent qu'on n'en est pas (encore ?) là, et qu'il faut savoir garder son sang-froid dans les moments difficiles... Les banques françaises sont redevenues rentables depuis la précédente crise de 2008, et ont renforcé leurs fonds propres, même si Christine Lagarde, la nouvelle directrice du FMI, estime que les banques européennes "dans leur ensemble" ont besoin d'être recapitalisées pour être en mesure d'affronter les risques actuels.
Plus prosaïquement, on peut souligner que l'Etat français, lourdement endetté depuis la crise financière de 2008, n'a plus vraiment les moyens financiers de procéder à une prise de contrôle de ses banques, sauf à prendre le risque de se voir retirée sa précieuse note "AAA" par les agences de notation financières. Ou plus radicalement, quitte à spolier les actionnaires des banques en rachetant leurs titres à un cours symbolique !...
Avant d'envisager une intervention spectaculaire de l'Etat dans ce dossier, il est plus probable que les banques procèdent elles-mêmes à des cessions pour réduire leurs bilans : Société Générale a donné le ton et a annoncé 4 MdsE de cessions à venir. BNP Paribas a aussi précisé son intention d'alléger son bilan pour renforcer ses réserves...
De son côté, la Banque centrale européenne devrait elle aussi soutenir le secteur en continuant de racheter leurs créances douteuses. Une solution qui irrite au plus haut point l'Allemagne, car elle obligera, à terme, les Etats européens (et donc leurs contribuables) à éponger les éventuelles pertes de la BCE sur ces titres ou pourrait conduire la banque centrale à laisser filer l'inflation...
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