le 28/01/2008 à 08h04
(Boursier.com) -- Frank Partnoy, professeur de droit financier à l'Université de San Diego aux Etats-Unis, a publié un article plutôt critique à l'endroit des banques dans la rubrique "Commentaires et Analyses" du 'Financial Times' hier. Il estime que l'affaire de la Société Générale et de son trader désormais célèbre Jérôme Kerviel est symptomatique de la situation actuelle des établissements financiers. "Monsieur Kerviel n'est pas le seul problème de contrôle au sein de la Société Général. Pas plus que la Société Générale est la seule banque à enregistrer une fraude exceptionnelle. Au contraire, son histoire est profondément connectée à un grand nombre de révélations récentes sur des pertes massives en provenance des dérivés chez les banques et à un terrible échec planétaire de la gestion du risque", écrit Frank Partnoy.
L'article cherche aussi à remettre les choses à leur place concernant les pertes de la Société Générale. Partnoy explique que les positions de Jérôme Kerviel n'étaient perdantes "que" de 1,5 Milliard d'Euros au moment de la découverte du pot-aux-roses. "Alors le management de la Société Générale a perdu un montant additionnel de 3,4 MdsE en dénouant brutalement ces positions en marché baissier", explique-t-il avant d'ajouter que ces sommes ne doivent pas masquer les 2,05 MdsE de pertes liées à l'exposition de la banque au crédit "subprime". Ainsi, "un classement plus approprié des pertes que la Société Générale a annoncées serait : d'abord, les pertes de trading du management, en second lieu les CDO; troisièmement, Monsieur Kerviel", s'amuse le commentateur.
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Chacun prêche pour sa paroisse. M. Partnoy est un prof de droit, pas un économiste. Son but est de montrer qu'il est indispensable pour pondre une nouvelle réglementation. Une réglementation ne changera rien à l'origine du problème : la notion toute relative de l'honnêteté et la cupidité. Ce sont des comportements qui nous distinguent des autres animaux, tout comme la générosité par exemple.
Aucune loi ne peut donc changer ces comportements humains, si ce n'est ajouter un niveau de complexité inutile à notre société, trop complexe déjà (nul n'est censé ignorer la loi, n'est-ce pas).
La banque n'avait aucun intérêt à se faire frauder. Elle pensait avoir tout mis en oeuvre pour l'éviter, par des procédures automatisées. Les faits lui ont donné tort. Pour la même raison que ce docte professeur se trompe. En effet il croît possible de réglementer la fraude, par un contrôle renforcé des banques par l'état.
En fait il fallait introduire non pas plus de "rationnel" dans la surveillance, mais plus d'"irrationnel", sous forme d'êtres humains. Pour simplifier, à l'espionnage on ne peut répondre que par le contre-espionnage. Et ce travail ne peut être laissé à aucun autre système, qu'à un être humain à la fin des fins. C'est la répugnance de recourir à une surveillance "émotionnelle" de proximité, qui a rendu possible le travail de cet émule de Leeson.
Ainsi le fait que ce trader était à son bureau du matin au soir, et son désintérêt anormal pour les congés étaient des indicateurs d'anomalie (car il surveillait son montage complexe), qu'une vraie relation humaine aurait détectée. On apelle cela l'instinct, alors qu'en fait il s'agissait de prendre en compte les motivations d'un trader déconnecté de la réalité.
Il visait en effet une prime modeste au regard des profits qu'il escomptait pour la banque. Mais surtout son ego ne supportait pas un échec mineur au départ, et il a augmenté au fur et à mesure les enjeux, grâce à sa connaissance des procédures de contrôle.
Le mécanisme en cause est similaire à celui de l'affaire Romand, qui s'est terminée de façon tragique par la liquidation de toute sa famille, pour cacher son échec à un examen de 1ère année de médecine (suivi de 18 ans de mensonges). Personne alors n'avait parlé de réglementer un tel comportement, en envoyant les résultats des examens aux parents en recommandé par exemple.
Bref les aléas gigantesques sont "simplement" à la proportion de sociétés gigantesques, et il faut tuer le mythe que nos sociétés en seront préservées un jour. Une image valant mille mots, un virus peut tuer un éléphant. Ce dernier peut vivre dans un zoo sous constante surveillance sanitaire, le risque existera toujours.
Cela est du à la nature même des systèmes vivants, dont l'économie est la somme. Le reste n'est que considérations oiseuses du type, si j'avais été à leur place...
Je ne tire pas mon chapeau à cet universitaire, tout autant déconnecté des réalités. En effet les dirigeants ne pouvaient pas laisser dériver des positions, dont le montant équivalait aux fonds propres d'une des premières banques de la planète, et conduire de proche en proche à une série de faillites.