(Boursier.com) -- S'il aboutit, le mariage entre EADS et le britannique BAE Systems bouleversera profondément le paysage de l'industrie mondiale de la défense... Le nouvel ensemble européen détrônera en effet la suprématie de l'américain Boeing dans l'aéronautique et la défense, et pourrait entraîner une vague de consolidation sans précédent, notamment aux Etats-Unis.
Les analystes financiers soulignent ainsi que la fusion annoncée entre EADS et BAE Systems intervient dans un contexte difficile pour le secteur de la défense. La nécessité de réduire les dettes publiques oblige en effet les gouvernements à pratiquer des coupes claires dans les budgets de la défense en Europe et aux Etats-Unis, d'où l'urgence de réduire les coûts, notamment à travers des rapprochements générateurs de synergies...
Réagissant à l'annonce des discussions entre les deux groupes européens, le directeur général de Boeing, Jim McNerney, interrogé par l'agence 'Reuters', a estimé que Boeing ne se sentait "pas fondamentalement menacé" par un futur ensemble EADS-BAE, mais il a ajouté que cette opération marquerait le début d'une consolidation mondiale du secteur.
Pour de nombreux analystes, Boeing lui-même pourrait riposter rapidement si la fusion annoncée se concrétisait et obtenait les autorisations nécessaires des gouvernements britannique, français et allemand, ainsi que du Pentagone, un important client de BAE Systems... Certains analystes évoquent déjà un rapprochement possible entre Boeing et son rival américain Northrop Grumman, voire le déclenchement par Boeing d'une contre-offensive sur BAE Systems !
L'accélération de la consolidation est aussi le scénario prévu par Greg Hayes directeur financier de United Technologies, le constructeur des hélicoptères Black Hawk. Cité par le 'Wall Street Journal', il a estimé que dans l'industrie de la défense, "il y a trop de capacités, en chasse de trop peu de Dollars pour la prochaine décennie... Ceci (un mariage EADS-BAE) est très probablement le premier grand pas vers la consolidation nécessaire chez les grands groupes d'aéronautique et de défense", a-t-il ajouté.
De son côté, Christopher Kubasik, le prochain directeur général désigné de Lockheed Martin, un autre géant américain de la défense, a également confié au 'WSJ' que la consolidation "est un scénario très probable", qui "ne le surprendrait pas".
Aux Etats-Unis, l'opération EADS-BAE Systems sera scrutée de très près par les autorités anti-trust, ainsi que par le gouvernement sous l'angle sensible de la sécurité nationale. Pour rassurer les gouvernements concernés, BAE et EADS ont indiqué que les deux entreprises continueraient de fonctionner séparément, et qu'elles seraient coiffées par une holding commune. Cette structure faîtière serait sans doute contrôlée par les représentants d'EADS, étant donné que le nouvel ensemble sera détenu à 60% par les actionnaires actuels du groupe européen et à 40% par ceux de BAE Systems.
Les deux groupes, qui ont déjà entamé des discussions avec les gouvernements concernés, se sont aussi engagés à cantonner strictement certaines activités de défense sensibles et à les soumettre à des accords négociés avec les gouvernements, en particulier aux Etats-Unis...
Quoi qu'il en soit, la naissance de ce nouveau leader mondial de l'aéronautique et de la défense promet d'être une opération très complexe, compte-tenu de ses enjeux politiques, militaires et financiers... Les marchés émettent d'ailleurs des doutes sur la capacité d'EADS à mener à son terme cet ambitieux projet, si l'on en croit la réaction du titre en Bourse en forte baisse. Quant à BAE Systems, son cours a bondi de plus de 10% hier à Londres, mais il cède plus de 5% ce matin. Plusieurs grands courtiers (Citigroup, Barclays, Deutsche Bank) ont ainsi dégradé ce matin leurs opinions sur EADS, pour tenir compte des risques liés à la fusion, qui transformerait en profondeur le profil du groupe en augmentant son exposition au secteur de la défense.
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