(Boursier.com) -- La Ville de Paris sait désormais à quoi s'en tenir en terme de distribution alimentaire dans ses murs. Saisie par la municipalité, l'Autorité de la Concurrence a établi que Casino dépassait 60% de parts de marché dans la capitale, trois fois supérieure à celle de son principal concurrent sur place, Carrefour, mais que la situation actuelle sera difficile à inverser. "Le rythme d'ouverture soutenu de nouveaux magasins ces dernières années n'a pas entraîné de remise en cause de la concentration du marché, dans la mesure où ces ouvertures concernent principalement des supérettes de moins de 400m(2) et qui sont pour la plus grande part exploitées par le groupe Casino", souligne le régulateur. Casino exploite 375 points de ventes, notamment les enseignes Franprix et Leader Price, Casino Supermarché, Marché d'à coté, Petit Casino, Spar et Vival à Paris, et détient de surcroît les magasins Monoprix, conjointement avec le groupe Galeries Lafayette (53 Monoprix, 31 Monop' et 5 Daily Monop'sur Paris).
La part de marché intra-muros de Casino est de 61,7% en part de plancher et se situe entre 50 et 70% en part de chiffre d'affaires, y compris lorsqu'est prise en compte la concurrence des hypermarchés de périphérie. Le suiveur immédiat, le groupe Carrefour, ne détient, depuis la cession des magasins à enseigne Ed et Dia, qu'une part de marché de 12,5% si l'on raisonne en surfaces et comprise entre 10% et 20% si l'on raisonne en chiffre d'affaires. Les autres groupes ont une part de marché inférieure à 10%, et inférieure à 5% dans le cas des principaux groupements coopératifs.
L'Autorité procède à deux recommandations. D'abord, elle "estime qu'il est nécessaire de poursuivre l'abaissement des barrières à l'installation de grandes surfaces alimentaires et de fluidifier le marché". Concrètement, elle se dit favorable à la suppression de la procédure d'autorisation administrative d'installation pour les commerces de plus de 1.000 m(2) et estime même qu'il serait souhaitable que la ville de Paris veille, dans le cadre des projets de zones d'aménagement commercial, à délimiter des surfaces suffisamment importantes pour permettre l'installation de grands supermarchés, voire d'hypermarchés. Le régulateur juge aussi qu'un assouplissement des conditions d'affiliation renforcerait la concurrence entre opérateurs de la grande distribution à dominante alimentaire. En second lieu, l'Autorité "constate qu'elle ne dispose pas de réels moyens d'intervention lorsque les préoccupations de concurrence identifiées résultent des structures de marché et non des comportements des opérateurs". Elle souligne que la situation actuelle est le fruit des investissements de Casino et d'un certain désintérêt des concurrents pour le marché parisien à une certaine époque. "L'abaissement des barrières à l'entrée ou à la mobilité sera insuffisant, à lui seul, pour modifier la structure du marché du commerce alimentaire à Paris", reconnaît-elle., tout en estimant que "la position aujourd'hui détenue par cet opérateur sur le marché parisien de la grande distribution à dominante alimentaire constitue un obstacle à la concurrence qui pourrait s'y exercer". Le régulateur rappelle que la loi lui a confié un pouvoir d'imposer des injonctions structurelles dans le secteur du commerce de détail, mais que son application est subordonnée "à des conditions extrêmement difficiles à satisfaire", qui passent par la constatation d'un abus de position dominante ou de dépendance économique et la persistance de l'abus malgré une décision de l'Autorité condamnant la situation. Ce n'est pas le cas et l'Autorité n'a pas la capacité d'y remédier, regrettant que des dispositions en ce sens existent dans d'autres pays européens.
A.B. - ©2012 www.boursier.com

