(Boursier.com) -- Attention au piège chinois pour les constructeurs et équipementiers automobiles ? Dans sa dernière étude sectorielle, l'agence Moody's ne va pas jusqu'à dire que les industriels du vieux continent doivent éviter la Chine, loin de là, mais elle prévient que cette stratégie n'est pas sans risque. "Si les constructeurs et équipementiers automobiles présents en Chine devraient pouvoir encore bénéficier d'un important potentiel de croissance à long terme, les investisseurs ne doivent pas pour autant ignorer les répercussions qu'aurait éventuellement sur ces derniers une contraction sensible des ventes dans ce pays", résume Moody's.
Le bureau d'études ne peut nier que la Chine est actuellement le plus vaste marché automobile du monde et que les perspectives de croissance qu'il offre pour le long terme le rendent inévitable pour les industriels de l'automobile en Europe. Mais Moody's se penche également sur le scénario, qu'il juge pour l'heure totalement théorique, d'une baisse de ce marché. L'agence estime à 15% la production totale de véhicules des constructeurs européens vendus en Chine en 2010, en incluant les ventes opérées dans le cadre de co-entreprises avec des industriels chinois. Néanmoins, le marché chinois ne revêt pas la même importance d'un groupe automobile à l'autre : si Volkswagen a vendu 27% de ses véhicules en Chine en 2010, la contribution de l'Empire du milieu au chiffre d'affaires de Fiat est, quant à elle, quasiment nulle.
Moody's estime par ailleurs que les équipementiers européens réalisent environ 15% de la totalité de leur chiffre d'affaires en Chine. Les équipementiers collaborant généralement avec plusieurs fabricants automobiles, leur niveau de dépendance envers le marché chinois est moins sensiblement amené à varier que pour les constructeurs, selon l'étude menée par les spécialistes maison.
Pourtant la dépendance des industriels européens de l'automobile à la Chine est plus élevée que ce que les volumes annoncés peuvent laisser penser : en effet, compte tenu du niveau élevé de rentabilité des activités dans ce pays, Moody's estime que leur contribution relative à l'EBIT des fabricants automobiles européens est environ deux fois supérieure à leur part d'unités vendues, tandis que celle des équipementiers est également nettement plus significative que leur chiffre d'affaires. "L'essor du marché chinois a permis à l'industrie automobile européenne de mieux accuser le coup face à l'effondrement généralisé de la demande automobile en 2009", mais il aura du mal à compenser le risque de ralentissement qui se profile dans le secteur en Europe et aux Etats-Unis actuellement.
En cas de "tassement temporaire de leurs ventes en Chine", les acteurs les plus affectés seraient Volkswagen, BMW, Daimler et Peugeot. Fiat serait, en revanche, très faiblement affecté et Renault ne serait impacté qu'au titre de sa participation au capital de Nissan. Par ailleurs, Moody's estime qu'une contraction des ventes en Chine se traduirait de la même façon sur l'ensemble des équipementiers automobiles.
Il faut noter que Moody's s'est basé sur un scenario particulièrement adverse pour mener son étude, en soumettant les notations crédit des constructeurs et des équipementiers européens à des tests de résistance. L'agence estime qu'à leur niveau actuel, les notations devraient pouvoir résister à une contraction de 25% des ventes des industriels européens en Chine, sous réserve d'une stabilité du marché dans le reste du monde. "Ce scénario théorique pourrait se produire à l'occasion d'un tassement du marché, d'une perte de parts de marché des industriels européens du secteur, voire les deux à la fois. Seule une chute plus sensible de leurs ventes en Chine, scénario que Moody's juge très improbable, ou un repli concomitant dans d'autres régions du monde, paraît susceptible de peser sur les notations", conclut l'agence.
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