(Boursier.com) -- Le rapport remis par François Roussely sur le nucléaire français contient certes de nombreuses critiques, mais il ne surprend pas vraiment les analystes qui connaissent bien les points noirs et les enjeux de la filière de l'atome en France. Dans son étude, le président d'honneur d'EDF estime qu'un marché de 250 nouvelles centrales se dessine à l'échelle mondiale durant les 20 prochaines. "La filière nucléaire française est, en effet, confrontée à un double défi à l'horizon 2030", indique le rapport, dans l'hexagone d'abord, avec les chantiers des nouvelles centrales ainsi que l'entretien et l'augmentation de la durée de vie du parc actuel, tout en assurant le démantèlement des unités les plus âgées. A l'international ensuite, avec la nécessité de "conquérir une part significative du marché", lequel est "fortement segmenté et très concurrentiel".
Dans l'hexagone, l'étude préconise dans un premier temps de ne pas construire de nouvel EPR avant d'avoir analysé le retour d'expérience des chantiers d'Olkiluoto et de Flamanville, particulièrement difficiles. Ce point n'est "pas un signal positif pour les clients étrangers", souligne dans une note parue ce matin l'analyste Delphine Brault, d'Oddo Securities, qui explique qu'il semble "difficile de convaincre d'acheter un réacteur que la France elle-même tarde à dupliquer". Sur les 15 mesures préconisées par François Roussely, les trois jugées "urgentes" ont trait à l'EPR et à la nécessité de terminer les projets en cours dans les meilleurs délais et les conditions les plus favorables.
Le rapport souligne par ailleurs la nécessité de compléter l'offre française afin de disposer de "plusieurs familles de produits compétitifs sur le marché international". Si le réacteur ATMEA 1 de 1.000 à 1.150 MW développé actuellement par Areva et Mitsubishi Heavy pourrait constituer une alternative, il est également préconisé de disposer de nouveaux réacteurs de plus petites puissances pour compléter la gamme et ainsi ferrailler avec un portefeuille complet à l'échelle internationale.
François Roussely exhorte également l'Etat à mettre en place une "structure industrielle dédiée pour l'exportation", en plaçant EDF aux commandes. "EDF doit être pour les projets de construction de centrales nucléaires, tant en France qu'à l'étranger, l'architecte-ensemblier de l'Equipe France", indique le rapport, qui préconise "une nouvelle dynamique aux liens stratégiques entre EDF et Areva". François Roussely égratigne au passage le groupe nucléaire, en rappelant que si l'organisation intégrée du groupe est "cohérente" (contrairement à ce qu'avait laissé entendre le nouveau dirigeant d'EDF, Henri Proglio) car elle est contra-cyclique grâce à son portefeuille diversifié, elle ne l'exonère pas "d'achever la rationalisation de la société et une meilleure maîtrise des coûts". L'Elysée est allé au-delà des préconisations du rapport hier soir en évoquant l'examen d'une prise de participation d'EDF dans le capital d'Areva, lors de l'ouverture du capital projetée d'ici la fin de l'année et portant sur 15% du tour de table. La présidence a également estimé qu'EDF, GDF Suez et d'éventuels autres partenaires devaient être associés au projet ATMEA, tandis que la filière minière d'Areva devra être renforcée, au besoin avec dimension capitalistique, afin de renforcer la sécurité d'approvisionnement.
"Plusieurs recommandations du rapport sont en parfaite cohérence avec les premières décisions stratégiques d'Henri Proglio depuis qu'il est à la tête d'EDF. Après ce rapport, le renforcement d'EDF dans le rôle de chef de file du nucléaire français semble incontestable", commente l'analyste Louis Boujard, d'Aurel BGC. Un avis que partage Delphine Brault, qui y voit également l'avènement d'EDF, tout en soulignant que la teneur du rapport est au final proche de ce qui était attendu, et qu'il n'y a pas de "grand bouleversement".
Liste des 15 recommandations du rapport Roussely :
* Mesures structurelles :
1. Créer un Ministère de l'Energie ou un Secrétariat Général à l'Energie, et regrouper le pôle de compétences "nucléaire" de l'Etat au sein d'une direction dédiée.
2. Créer une société de services qui, en amont de l'offre, identifie les besoins des clients et propose un schéma de réponse industrielle.
3. Confirmer EDF dans son rôle d'architecte-ensemblier de "l'Equipe France".
4. Etablir une charte fixant les conditions de travail applicables à tous les salariés du nucléaire en France et rendre obligatoire l'agrément de toutes les entreprises amenées à intervenir sur le nucléaire en France.
5. Diversifier l'offre française à l'international
6. Poursuivre l'optimisation de l'EPR à partir du retour d'expérience des quatre réacteurs en construction et de l'acquis des réalisations antérieures. Cette optimisation devra faire l'objet d'un développement mené en commun par EDF et Areva.
7. Soutenir l'extension de fonctionnement des centrales à 60 ans, à sûreté constante.
8. Réexaminer et réaffirmer la mission de l'ASN telle qu'elle est définie dans la loi Transparence et Sûreté Nucléaire du 13 juin 2006.
9. Confier à l'IRSN le rôle d'établir un corpus des dispositions de sûreté en vigueur en France afin d'en assurer la diffusion et la promotion à l'international.
10. Demander à l'ANDRA d'associer de façon urgente EDF, Areva et le CEA à la définition optimisée et à la réalisation du projet de Centre de stockage en couche géologique profonde (CSP).
11. Etablir un portail Web national du nucléaire.
12. Créer un Campus du nucléaire.
* Mesures d'urgence :
13. Assurer, sous la responsabilité d'AREVA, l'achèvement du chantier d'Olkiluoto dans les meilleures conditions.
14. Etablir un plan d'actions prioritaires, sous la responsabilité d'EDF, pour garantir la construction de la centrale nucléaire Flamanville 3 dans les meilleures conditions de coût et de délais.
15. Assurer un retour d'expérience des chantiers de construction d'Olkiluoto et Flamanville 3 avant celui de Penly 3 et dans des délais compatibles avec le calendrier des réalisations d'EPR au Royaume-Uni.
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