Boursier.com : Scorpa s'est déclaré en cessation de paiement alors que le discours était rassurant jusqu'à présent... Comment en êtes-vous arrivé là?
P-L.A. : Nous avons été victimes des difficultés des banques qui ont eu pour conséquence un retrait de leurs encours auprès de certaines PME. C'est d'autant plus dommageable que nous avions enregistré une croissance soutenue au premier semestre et que nous étions en train de revenir à l'équilibre...
Boursier.com : La décision de votre établissement financier a t-elle été brutale?
P-L.A. : Dès le mois d'août, la banque qui nous assurait 90% des flux nous a fait comprendre qu'elle adoptait une attitude restrictive. Nous avons eu, par la suite, des discussions normales avec nos banquiers pour essayer de trouver une solution... Nous avions fait des propositions qui n'ont pas été retenues. Comment voulez-vous qu'une entreprise qui affiche une progression de chiffre d'affaires de 46% au premier semestre ait une diminution de ses encours bancaire..?
Boursier.com : Vous n'aviez donc rencontré aucun problème commercial..?
P-L.A. : Au préalable, nous avions, c'est vrai, été victimes de la grève des dockers à Marseille, qui nous avait privé de notre approvisionnement en moteurs... Alors que nous les attendions fin mai, ils nous ont finalement été livrés dans la deuxième quinzaine de juillet. Cela a évidemment causé une distorsion dans nos flux, mais nous avions par la suite repris les livraisons. Le personnel a travaillé d'arrache-pied pour rattraper ce retard.
Boursier.com : Avez-vous suspendu votre production ?
P-L.A. : Il est évident que la production a été troublée lors des deux derniers mois de l'année. Mais nos commandes demeurent... Nous n'avons enregistré aucune annulation et recevons encore des prises de commandes à l'heure actuelle. Si le Tribunal de Commerce nous a accordé une période d'observation de 6 mois, c'est bien qu'il a compris que, sur le fonds, notre activité tient le choc ! Aujourd'hui, nous oeuvrons pour relancer très vite la production et répondre à nos commandes.
Boursier.com : Votre situation de cessation de paiement ne risque t-elle pas de faire fuir vos clients ?
P-L.A. : Dès la décision du Tribunal de Commerce connue, nous avons avisé de la situation tous nos clients importants... Ils ont intégralement confirmé leurs commandes et nos relations demeurent excellentes ! Le carnet de commandes est toujours aussi nourri... La déclaration de cessation de paiement va nous permettre de relancer la machine et de pouvoir répondre à notre carnet de commandes. Nous avons même reçu des soutiens de la part de certains clients qui ont accepté d'améliorer, en notre faveur, les conditions de paiement.
Boursier.com : Y a t-il une issue d'ordre capitalistique pour Scorpa?
P-L.A. : Nous menons en effet des discussions avec des industriels et des investisseurs pour envisager une solution capitalistique...
Boursier.com : Prend-elle la forme d'une prise de participation majoritaire ?
P-L.A. : Nous menons plusieurs discussions qui vont effectivement dans le sens d'une prise de participation majoritaire de la part d'un repreneur.
Boursier.com : Vous aviez expliqué, par le passé, que le maintien en France de votre production était important pour vous et désormais vous annoncez une possible délocalisation...
P-L.A. : C'est un des éléments importants de nos discussions effectivement... Selon l'identité de l'industriel, il y aura, ou non, une délocalisation de nos activités. Si délocalisation il doit y avoir, ce sera en Europe. Personnellement, je me bats pour que la solution choisie permette de conserver la marque sur le sol Français.
Boursier.com : Vous espériez des bénéfices en 2008, ce sera donc une perte... Pouvez-vous nous donner une idée de son ampleur ?
P-L.A. : Je n'ai pas pour l'instant une idée précise de la perte annuelle de Scorpa. Elle sera importante, mais, aujourd'hui, la société est restructurée et il faut avoir à l'esprit que le point mort de Scorpa est atteint deux fois plus vite.
Propos recueillis par Arnaud Bivès - ©2009, 2012 www.boursier.com

