Boursier.com : L'enquête de l'Autorité des Marchés Financiers concernant Electricité et Eaux de Madagascar (EEM) et l'investisseur Guy Wyser-Pratte a été bouclée, le Collège de l'AMF devra décider de l'ouverture ou non d'une procédure de sanction. Qu'attendez-vous de cette procédure ?
F.G. : Nous n'avons pas accès à la procédure, mais d'après les informations de L'Agefi hier, le caractère de l'information privilégiée a été retenu contre Monsieur Wyser-Pratte. Il a en effet constitué une position extrêmement importante sur le titre juste avant l'annonce d'une opération de cession d'actifs de la part d'EEM, qui changeait totalement son bilan. Cela nous avait intrigué de constater de tels échanges sur le titre qui était peu liquide pour les fonds de Monsieur Wyser-Pratte, ce dernier s'intéressant d'habitude à des sociétés beaucoup plus importantes. Que l'enquête de l'AMF débouche sur ces conclusions ne m'étonne pas du tout.
Boursier.com : Vos accusations reposent donc sur cette prise de position peu de temps avant l'annonce par la société de la cession d'hôtels vietnamiens à Thien Minh ?
F.G. : Nous n'avons jamais compris un investissement d'une telle importance juste avant la publication d'une information changeant complètement le bilan d'EEM... Le cours est passé de 12 à 18 Euros.
Boursier.com : De son côté, Guy Wyser-Pratte vous accuse d'abus de biens sociaux, d'abus de confiance, de présentation de comptes inexacts et de non déclaration de franchissement de seuil. Que répondez-vous ?
F.G. : Il a engagé différentes procédures et toutes ont été gagnées par EEM, sa démarche ne tient donc pas la route. Certaines décisions qu'il a remises en cause avaient été approuvées par les actionnaires d'EEM à une très large majorité des 2/3. Pour le coup, ses accusations sont inopérantes et n'auront pas de suite.
Boursier.com : Vous demandez donc sa révocation lors de la prochaine Assemblée Générale...
F.G. : Il est très difficile de parler avec lui... Il existe un blocage sur toutes les décisions. Il estime que tout est mauvais et ne propose rien de constructif. La position qu'il a, importante au capital, ne lui donne pas tous les droits. Il y a des actionnaires à respecter ! EEM n'a aucune dette dans son bilan, dispose d'actifs importants que nous développons, distribue un dividende de 2,50 Euros par action, auquel il s'oppose car il n'a pas les mêmes intérêts fiscaux que les résidents français. Je considère que le but d'une société saine est de distribuer une partie de ses bénéfices à ses actionnaires, surtout dans une conjoncture morose.
Boursier.com : Guy Wyser-Pratte détiendrait 15% du capital, 24% des droits de vote. Peut-il prendre le contrôle de la société ?
F.G. : Il s'est engagé à ne pas prendre le contrôle de la société dans ses déclarations d'intention au mois d'août dernier, il a réitéré ses déclarations il y a 10 jours en franchissant le seuil des 15%. Je constate qu'il l'a écrit et déclaré aux autorités de marché. Mais dans différents articles, on apprend qu'il souhaite prendre le contrôle, être Président... Donc il va falloir qu'il s'explique sur cette contradiction. Dans les faits, bien sûr, il peut prendre le contrôle ou en tout cas tenter de le faire. On constate toutefois qu'un grand nombre de petits porteurs nous sollicitent et nous indiquent qu'ils ne souhaitent pas voir la stratégie de Monsieur Wyser-Pratte s'accomplir.
Boursier.com : On lisait dans l'Agefi d'hier que c'est l'ancien DG d'EEM, Monsieur Doulcet, actuellement à la tête du Groupe Gascogne, qui aurait transmis les informations privilégiées à Guy Wyser-Pratte. Quels commentaires cela vous inspire t-il ?
F.G. : Aucun. Il faut poser la question à Monsieur Doulcet et à Monsieur Wyser-Pratte.
Boursier.com : Vous êtes donc confiant avant l'Assemblée Générale ?
F.G. : Je suis confiant sur un point : la situation saine de la société, sa Trésorerie abondante, l'intérêt des projets en cours et j'ajoute que nous participons activement à la restructuration de Gascogne qui a tout pour rebondir et notamment un bilan sain.
Boursier.com : Un mot sur la restructuration annoncée lundi par Gascogne. Va-t-elle dans le bon sens ?
F.G. : Oui, la décision aurait pu être prise plus tôt, c'est pour cela que nous avons changé le management. Les choses vont dans le bon sens, c'est une première étape dans le redressement de la société, mais une étape nécessaire...
Propos recueillis par Arnaud Bivès - ©2011, 2012 www.boursier.com

