Boursier.com : Vous espériez, fin juillet, contenir les difficultés au seul troisième trimestre. Les prévisions que vous annoncez pour le quatrième démontrent que la tendance négative sur le marché des semi-conducteurs se poursuit et s'amplifie même...
D.L. : Effectivement, au cours de ce troisième trimestre, le ralentissement, déjà visible dans le domaine des consommateurs, la télévision, les décodeurs, s'est généralisé à l'ensemble des segments de marché, mis à part la téléphonie mobile.
Boursier.com : Vous attendiez-vous à cette tendance si difficile ?
D.L. : Nous avons été les premiers à signaler, fin juillet, le ralentissement du marché ! Nous le décelions à ce moment-là sur certains segments de marché seulement et plusieurs confrères et analystes avaient été surpris par notre vision prudente des choses... Ce que l'on constate depuis cette date, c'est que nos prévisions de marché se sont confirmées. Ce qui a permis à STMicroelectronics de tenir ses objectifs qui paraissaient pessimistes au troisième trimestre, alors qu'en septembre, pas moins de vingt avertissements sur résultats ont été lancés par des concurrents !
Boursier.com : Vous estimez donc avoir une meilleure vision du secteur que vos concurrents ?
D.L. : Je pense effectivement que STMicroelectronics est l'acteur qui a la meilleure vision du secteur et est celui qui annonce la tendance. Une fois que nous l'avons annoncée, nous sommes en meilleure position que les concurrents pour prendre les bonnes mesures et corriger le tir.
Boursier.com : Comment qualifier la tendance ? Est-ce un "violent retournement de cycle" comme le dit un analyste suivant le secteur ?
D.L. : Ce n'est pas "violent" ! Dans la mesure où nous l'avons décelé depuis juillet, il ne s'agit pas d'une chute brutale... Mais c'est bien un ralentissement qui dure depuis le mois de juin, avec une tendance à l'amplification sur la fin du troisième trimestre.
Boursier.com : En juillet, vous évoquiez un "fléchissement" des commandes. On est donc bien au-delà désormais ?
D.L. : Absolument... En juillet, quelques segments de marché donnaient des signes de faiblesse. Désormais, la plupart des secteurs fléchissent : l'automobile, l'industrie, le secteur de la construction à travers l'éclairage, l'énergie aussi...
Boursier.com : Etes-vous inquiet ?
D.L. : Pas plus que ça ! L'industrie des semi-conducteurs a l'habitude de traverser des cycles de hauts et de bas... Ce nouveau cycle arrive un peu plus tôt qu'anticipé, après la forte croissance de 2010. Nous pensions que 2011 allait être une nouvelle année de croissance. Hors, les difficultés économiques que connait notamment l'Europe, pèsent sur la confiance des consommateurs qui achètent moins les derniers produits électroniques sur l'appétit des industriels à investir.
Boursier.com : Comment allez-vous piloter le groupe durant cette période difficile et quid des mesures de réduction des coûts ?
D.L. : Des mesures défensives sont prises : elles consistent à d'abord réduire les coûts les plus flexibles : 20% de nos produits sont fabriqués chez des sous-traitants. Les premières mesures consistent donc à rapatrier cette charge de travail dans nos usines. Deuxièmement, on ajuste et réduit les heures de travail, en France, en Italie et en Asie... Par réduction du travail temporaire ou du chômage partiel. Enfin, de manière plus offensive, nous accélérons la mise sur le marché de nos nouveaux produits qui permettent de renouveler l'offre et faire repartir la machine : stabilisateurs d'image à base de MEMS, microphones, capteurs de pression...
Propos recueillis par Arnaud Bivès - ©2011, 2012 www.boursier.com

