Boursier.com : Les comptes du premier semestre d'AST Group témoignent d'une bonne résistance malgré une conjoncture en plein retournement, pourquoi vous en sortez-vous mieux que d'autres concurrents ?
A.T. : Nous avons été les seuls à anticiper la crise qui s'est d'ailleurs essentiellement fait ressentir chez les promoteurs. Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, nous le savions et nous avons anticipé un retournement du marché et avons décidé de reconsidérer nos produits de façon à ce que nos clients puissent les acheter... Il y a deux ans, nous avons décidé de ne plus faire d'achat spéculatif de terrains. Nous avons renoncé à beaucoup d'opérations mais notre seule ligne conductrice a été de proposer des produits à des conditions financières acceptables pour nos clients. Quand les clients ne peuvent plus acheter ce n'est pas qu'ils ne veulent plus, c'est qu'ils ne peuvent plus...
Boursier.com : Vous n'êtes pas touchés par la crise ?
A.T. : Bien sûr que si ! Nos produits se sont néanmoins bien vendus au premier semestre sur un marché défaillant, ce qui nous a permis de conquérir de nouvelles parts de marché. Nous sommes partis pour connaître une crise d'une durée de 3 ou 4 ans. Les promoteurs vont devoir déstocker leurs 110.000 logements aujourd'hui inadaptés en termes de prix et en termes de typologie.
Boursier.com : Comment établissez-vous cette échéance à 3-4 ans ?
A.T. : L'écoulement des 110.000 logements prendra 1 an et demi, puis la régénération de nouveaux dossiers, les demandes de permis etc.. feront qu'au final, la plupart des promoteurs souffriront pendant 3 à 4 ans.
Boursier.com : Dans l'immédiat, comment s'annonce la fin d'année.. ?
A.T. : Elle s'annonce compliquée, en raison des problèmes de liquidités des banques et de leurs nouvelles exigences envers les emprunteurs. Nous espérons cependant terminer le deuxième semestre sur un résultat opérationnel du même ordre que celui du premier semestre.
Boursier.com : Selon vous, cela se traduira par des baisses de prix de quel ordre ?
A.T. : Au moins 10% sur les 12 mois qui viennent. Pour certains acteurs cela se traduira par une baisse de marges, pour d'autres, ce sera la catastrophe, comme on vient de le vivre avec Celeos.
Boursier.com : Qu'anticipez-vous pour l'exercice 2009 ?
A.T. : Nous avons une bonne visibilité pour le premier semestre 2009. Nous allons mettre l'accent sur la rentabilité et non sur la croissance de notre activité. Il n'est plus question de nous implanter dans de nouvelles régions. Nous serons en mesure de négocier des baisses de tarifs auprès des entreprises qui souffrent déjà de la baisse d'activité sur les chantiers.
Boursier.com : Etes-vous candidat à la reprise de Celeos en redressement judiciaire ?
A.T. : Non. Nous sommes promoteurs pour 30% de notre activité seulement, nous ne voulons pas déséquilibrer ce modèle, contrebalancé par nos 70% de chiffre d'affaires réalisés dans la construction. Les promoteurs s'exposent à de gros problèmes de liquidités. Ceci est contrebalancé, chez Ast Group, par notre activité de construction qui est une activité à BFR négatif et génère du cash. J'ajoute que notre développement n'est pas axé sur la hausse de notre cours de Bourse. Nous ne procèderons jamais à des acquisitions chères de promoteurs qui perdent de l'argent avec pour unique ambition de voir la bourse les valoriser.
Boursier.com : Regardez-vous toutefois certains dossiers ? Le contexte actuel devrait faire baisser les prix des cibles alors que votre Trésorerie progresse...
A.T. : La seule croissance vertueuse est aujourd'hui une croissance organique. Nous savons que nos produits sont bons et accessibles pour nos clients. Pour autant, je reçois plusieurs dossiers chaque semaine. Il y aura des opportunités, nous serons vigilants... Rien n'est exclu.
Arnaud Bivès - ©2008, 2012 www.boursier.com
18/09/2008